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 21 ans [TS => vulgaire]
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Meredith Epiolari

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Reine de l'Impro
Féminin Messages : 1395
Date d'inscription : 29/07/2014
Age : 21
Localisation : Between the peanuts and the cage
MessageSujet: 21 ans [TS => vulgaire]   Sam 29 Sep - 21:26

On proposa un pouf à Léonard, type velours violet. Il s'assit et en profita pour observer la pièce : il y avait un papier peint avec de grosses fleurs, une commode surchargée de bibelots, tout était rose avec des chérubins et des chatons. En un mot, kitsch.

Tant mieux, autrefois, j'utilisais le kitsch pour protéger ma pudeur. Maintenant, je suis toujours pudique, mais je n'ai pas d'histoire à raconter, ça facilite les choses. Je n'ai d'idées sur rien, je me laisse porter, la fougue des autres me fatigue. Maman dit que c'est le Nord, une histoire de fibres, ou je ne sais plus.

Quand j'ai déménagé à Åmål, ça m'a fait drôle. Il faut prononcer « eaux molles », on dirait que tout dort dans ces rues trop droites. J'avais l'impression que cette bonne idée, prise sur un coup de tête et par provocation, me revenait dans la figure : c'était stupide de venir ici, ce n'était pas chez moi.

Je voulais y aller pour me rapprocher de Teresita. C'est une fille, je l'ai rencontrée, je lui ai dit trois mots en un an, et maintenant j'y pense sans arrêt, alors que je ne l'ai pas revue – évidemment – depuis une éternité. J'ai passé plus de temps à la regretter qu'à la regarder.
N'empêche que je voulais la revoir, et la Suède, tout ça, ça ne me faisait pas peur. C'était une histoire de tripes, j'étais persuadé que je la retrouverais par hasard si j'allais là-bas. Sauf que Karlstad c'est grand, et c'est encore loin.

Et voilà, je ne sais pas bien quoi dire après ça. Ça ne m'intéresse plus, l'ego trip, les grandes causes, l'art. Je ne pratique plus le cynisme, l'émerveillement, l'idéal, la confrontation.
Les enfants de la balle, les fils de pute, les rejetons de stars, ils ont peut-être quelque chose à dire, je peux l'admettre. Les jeunes qui font du rap, qui sont nés de la rue, ou du sable, ils ont la misère et la revanche. Même les bourgeois complexés, genre Annie Ernaux, ils ont au moins ça à écrire. Ce n'est pas leur faute, la droite, la gauche, je ne sais pas sur qui taper moi, je les déteste tous, vous voyez.
Quand je m'ennuie, je me demande comment ça ferait ne pas se lever, frapper un pauvre, aller en Chine, tirer une Colombine. Puisqu'on peut légalement péter les plombs en feu d'artifice. Et ça passe, je trouve autre chose à oublier.

Tenez, hier, je me branlais. Je n'en avais même pas envie en plus. J'étais fatigué et je me disais : une petite branlette et ça ira mieux. Et même pas. Pendant cinq minutes c'était bien, et puis c'était fini, je me retrouvais comme un con, toujours fatigué, un peu plus triste, et il fallait se laver les mains.
Pendant que je me branlais, des hommes sont nés et d'autres sont morts. Je crois qu'on peut le dire, j'en avais rien à foutre.

J'ai pris conscience de ça en venant au cabinet, je suis passé sous une fenêtre, il y avait un anniversaire d'enfant. Ça m'a paru étrange que des gens fêtent leur anniversaire, ici, à Åmål, peut-être même leur vingt-et-un ans parfois.
C'est tellement mort ici.

J'étais à Åmål depuis un peu plus de vingt-quatre heures, j'avais besoin de liquide, je suis allé à la banque. J'ai dû marcher un peu pour arriver jusque-là, une bonne demi-heure, quand même (je n'ai pas de voiture). Et là, devant le distributeur, incapable de me rappeler mon code. Je me disais, c'est peut-être 3698, ou 3689, alors j'ai essayé, et ça ne marchait pas, et je pensais qu'il me restait un essai, mais non, ma carte a été avalée et j'étais comme un con, sans carte et sans liquide, perdu dans fucking Åmål.
L'agence était fermée, je suis parti, tout simplement, on verrait demain. Je me suis demandé pourquoi ce code que je composais tous les jours depuis des années m'échappait maintenant, pourquoi cette amnésie soudaine. J'ai repassé les combinaisons dans ma tête, et en fait je suis presque sûr que ça se termine par 95.
Le lendemain, le code m'est revenu, comme si je ne l'avais jamais oublié. Il ne se terminait pas du tout par 95, ne commençait pas par 36, en fait c'était ****. Je n'ai pas récupéré ma carte, je suis resté planqué chez moi, la flemme, j'avais des réserves. Je vous ferai un chèque.

J'ai arrêté les cours, aussi. C'était trop dur de se balader de couloir en couloir pour se battre contre l'administration. J'ai le droit à une bourse, de toute façon. Je vais la perdre, mais pas tout de suite, c'est ce qui compte. Et puis je n'ai plus de carte bancaire, alors qu'est-ce que ça peut faire, je n'ai pas d'argent – je vous ferai un chèque, je pense l'avoir déjà dit, mais on ne sait jamais.
Je n'apprenais plus rien là-bas. Qu'est-ce qu'on peut encore m'apprendre, à moi qui ne sais plus quoi faire de mon corps trop grand et de mes yeux cernés ?
Ça a commencé quand j'ai vu qu'une fille à côté de moi, dans l'amphi, qui commandait des sous-vêtements en ligne. J'étais tout rouge, et pourtant l'écran, un putain de vortex. Devant, il y avait un mec qui se branlait, mais personne n'a rien dit.
J'ai eu les boules, tout simplement. De regarder tout, comme ça, dans l'indifférence. J'ai fui.

Comme l'autre fois, à la gare. J'ai trouvé un polaroid, trois meufs. La photo était coincée sur un panneau publicitaire, en évidence. Il devait y avoir une folie derrière, un jeu : « on laisse ça là, et on verra bien, on s'ra immortelles ».
J'aurais pu le prendre, mais j'aurais fini par ne plus savoir quoi en faire. Jeter une photo c'est bizarre, c'est un peu comme tuer quelqu'un, mais vraiment, c'est creepy d'emporter trois inconnues dans son portefeuille. Nan, j'ai pas joué à ça.

Je me rappelle vaguement que j'ai une copine, mais j'ai dû rêver, on ne se voit plus trop, elle est chiante comme la mort, on ne peut même pas s'en plaindre. J'ai oublié son nom, pour vous dire. Ce n'était pas Teresita.
La dernière fois que je l'ai vue, avant de partir pour Åmål, c'était terrible, l'incompréhension entre nous. "J'te suce ?", elle me fait. Elle savait que ma libido c'est pas trop ça, que je ne partage plus, c'est tout pour moi, jamais pour elle.
Mais je ne suis pas un abruti non plus, je n'aime pas quand c'est pas sexiproque. Et puis je n'ai pas trop la tête à ça. Je lui dis que je ne préfère pas, elle a l'air déçue, elle aime me sucer, tout simplement. Alors je me ravise, ce n'est pas comme si c'était désagréable, se faire sucer, je veux dire.
Elle le fait vachement bien, je ne vous fait pas de dessin, mais c'est toujours le même truc, et quand j'ai joui, je me sens mal. Elle, elle est contente, elle a un sourire à la con. J'ai pas besoin de me laver les mains, mais je suis triste quand même.

Seulement, elle a quand même de bons côtés, ma copine. Quand elle n'est pas là, je ne dors plus. On sait jamais : dans une heure, dans deux heures, au bout de la nuit, peut-être que le désespoir s'en ira. Ce serait dommage de dormir à ce moment-là.

Je ne reverrai plus jamais Terersita. J'ai pleuré quand elle est partie, parce que je me disais : il va me falloir une année entière pour aller en Suède. Je n'avais pas prévu qu'une fois là-bas je n'allais certainement pas la croiser par hasard et l'interpeller, lui demander : "Tu te souviens de moi ? C'est Léonard !".

Nan, je ne la reverrai pas. Oui, voilà, j'ai fini.

Léonard s'arrêta de parler et s'installa dans un silence timide. « C'est bien », dit la psychologue. Elle avait un grand chapeau à fleurs et des lunettes du même violet que le pouf.

 
Maze

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MessageSujet: Re: 21 ans [TS => vulgaire]   Dim 30 Sep - 16:39

Ça faisait fort longtemps que je ne t'avais pas lue, et ça m'avait manqué ! Je suis toujours impressionnée par tes textes. Je trouvais Léonard antipathique au début et finalement, je me suis prise de pitié pour lui. J'adore ce genre de personnage et ce genre de mal-être. Ton style est tellement entraînant et fluide et vif et cru (ce sont les mots qui me viennent comme ça mais ça ne veut peut-être rien dire)
Je ne saurais pas déceler toutes les subtilités de ce texte, mais j'ai adoré !
 
Daivou

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Masculin Messages : 307
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Age : 20
Localisation : Dans une petite boite avec pour destinataire "Zéphyr Embrasé"
MessageSujet: Re: 21 ans [TS => vulgaire]   Lun 1 Oct - 0:19

En deux mots : j'ai adoré ! (oui, je sais, ça fait trois mots :3 )
Tout simplement époustouflant, dommage que tu ne puisses pas écrire plus, ce serait formidable !
Et encore un joyeux anniversaire pour toi bounce



La réalité n'est que la façon d'être et d'agir de chacun, dans un monde où 7 milliards de personnes peuvent faire ce qu'ils veulent on peut aisément dire que la vie est un jeu de merde.
 
Meredith Epiolari

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Reine de l'Impro
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Age : 21
Localisation : Between the peanuts and the cage
MessageSujet: Re: 21 ans [TS => vulgaire]   Lun 1 Oct - 22:03

Maze =>Ton commentaire me fait super plaisir, c'est génial que tu aies trouvé Léonard antipathique au début, parce que je voulais parler d'autre chose que de moi pour une fois ! Moi aussi je m'intéresse à ce genre de personnage, j'ai envie d'écrire un long truc sur l'histoire de quelqu'un d'un peu comme ça, mais je ne sais pas trop si je vais avoir la volonté, on verra ! Cette année est celle qui me verra écrire mille textes pleins d'art et de café, ou renoncer à l'écriture en déclarant que ça m'emmerde de rester assise devant une page de traitement de texte vierge !

Daivou => Merci pour ton enthousiasme, je suis contente que tu aies aimé ce texte, et je vais avoir normalement plus de temps pour écrire maintenant, reste à savoir si je vais le prendre ou pas...

 
Maze

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Messages : 131
Date d'inscription : 16/11/2014
MessageSujet: Re: 21 ans [TS => vulgaire]   Dim 7 Oct - 0:11

Si tu écris quelque chose de plus long avec un personnage de ce genre (voire avec Léonard) je lirai assurément ! Et quel que soit ton choix par rapport à l'écriture, il sera le bon, j'en suis sûre !
 
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